ECO-MANIFESTE

ECO-MANIFESTE

Bonjour, ils sont ou vos éco-matériaux?

Certes, de nombreuses variantes lexicales dans cette requête, parfois il s’agit de matériaux “verts”, responsables, sustainable (avec l’accent) ou soutenables, naturels, durables, bio-sourcés, “vegan” (sic), respectueux, RSE … mais oui, la question nous est fréquemment posée, et ce depuis la création de matériO. Si, il y a 20 ans, à une époque ou la prise de conscience des désordres environnementaux délétères générés par l’activité humaine n’était que partielle et peu documentée cette demande pouvait sembler légitime, nous avouons être un peu déstabilisés de l’entendre encore aujourd’hui. Les questions environnementales sont trop importantes pour que les différents acteurs se satisfassent d’une approche quelque peu manichéenne (doux euphémisme).
La quête du «matériau écologique» est devenue en très peu d’années le Graal de tout designer: une exigence, une apparente obligation, une figure imposée, mais surtout un fantasme qu’il convient de combattre. En effet, cette appellation impliquerait clairement qu’il existe des matériaux intrinsèquement bons (notion généralement attachée aux termes de «naturel, sain, recyclable, issu de ressources renouvelables…») quelles que soient les utilisations qui en sont faites, et d’autres matériaux voués à être désormais au ban de la société, car n’ayant pas les qualités requises pour faire partie de ce club VEM (Very Ecological Material). Cette quête pourrait être louable si elle n’était pas simpliste, stérile et finalement dangereuse car conduisant à une impasse pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, le réflexe qui consiste à vouloir répondre aux enjeux environnementaux actuels avant tout par le biais du choix des matériaux doit être combattu. C’est prendre le problème à l’envers: les matériaux doivent découler d’une démarche globale d’éco-conception, qui par nature dépasse très largement les aspects concrets de matérialisation. Mener une première réflexion sur la nature du projet, les réponses qu’il doit apporter, sans à priori et en n’hésitant pas à faire tabula rasa des postulats de base, permet de faire émerger une solution constructive pertinente qui transcende les simples aspects matière. Il est essentiel de bien mettre les boeufs avant la charrue, car l’impact environnemental d’un bâtiment quel qu’il soit sera directement en relation avec les premières orientations architecturales prises et, de façon plus anecdotique, avec le choix des matériaux.
Ensuite, et là aussi il s’agit d’une évidence qu’il semble néanmoins nécessaire de rappeler, chaque projet est singulier, unique. De facto, la réponse matériaux s’insère dans une analyse globale de son cadre ou de son contexte, de ses conditions de réalisation, de son inscription géographique et temporelle, de sa finalité. Pas de recette, pas de solution passe-partout, mais du sur-mesure, forcément. Un matériau pourra être inadéquat pour un chantier mais s’avérer meilleur compromis possible pour un autre. Une fois encore, il est illusoire de vouloir s’affranchir d’une réalité avant tout complexe.
Les discours sur les interactions matière-environnement doivent aujourd’hui s’affranchir d’une approche caricaturale du débat et des solutions, car ils sont avant tout matière à réflexion. Il est urgent aujourd’hui de re-considérer nos positions, de combattre des préjugés sur les matériaux qui apparaissent, eux aussi, durables. Il nous semble donc nécessaire aujourd’hui de s’interdire ce type de vocabulaire par trop simplificateur, de bannir l’idée qu’il existerait des “éco-matériaux”, ce préfixe très connoté devenant suspect. Il n’y a pas de “bons” ou de “mauvais” matériaux à priori et dans l’absolu, au regard des aspects écologiques. C’est une lapalissade mais la seule matière écologique est celle que nous n’utilisons pas, il convient donc sur chaque projet de réfléchir en termes d’allégement, de frugalité, d’économie de la matière quelle qu’elle soit. Donc en permanence des choix à faire, des décisions à prendre, qui ne devront pas faire l’économie d’un des matériaux les plus naturels, disponibles, renouvelables et sains qui soit: notre matière grise.

C’est pourquoi nous affirmons haut et fort que, dans la base de données matériO’, il n’y a et il n’y aura jamais AUCUN “éco-matériau”, mais des milliers de matières qui semblent humblement les plus judicieuses pour tel ou tel projet, l’exercice consistant à chaque fois de tenter de minimiser leur emploi, de maximiser leurs qualités intrinsèques tout en minimisant les désordres éventuels.

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