O!, la lettre #114

Je post, donc je suis.

“Absorbed by light”, sculpture de l’artiste britannique Gali May Lucas, a été présentée l’année dernière à l’occasion du Light Festival d’Amsterdam. L’oeuvre est glaçante de vérité sur notre époque, montrant sous une lumière crue (c’est le cas de le dire) ce que nous vivons et/ou observons quotidiennement, dans la rue, le métro, à la terrasse d’un café ou lors d’une soirée entre amis. Tout est dit ici, notre dépendance à nos écrans, notre isolement dans des bulles nombrilistes factices, sans lien direct avec nos semblables. Nous sommes hypnotisés par la vie de nos avatars numériques, dans un vertige narcissique, mais ce n’est plus simplement Narcisse qui se mire et admire son reflet dans la rivière, mais son double egotique qui attend fébrilement un retour positif, sous forme de “likes”, de “vues”, de “coeurs et autres fariboles” de son reflet gonflé et travesti. Une scénarisation perpetuelle de nos vies, les discussions franches et honnêtes sont remplacées par un “Tout à l’ego” déconcertant et finalement assez nauséeux. Les médias sociaux sont devenu l’acmé, l’excroissance moderne compensant nos frilosités sociales, amoureuses, relationnelles, sensuelles, intellectuelles, ils s’érigent en nouvelle preuve ontologique de l’existence du moi sur Terre, une revisite pathétique du “cogito ergo sum” en un “je post donc je suis” qui n’est souvent que vacuité.
    Ces statues froides, figées, d’un blanc virginal, sont comme une allégorie du mode de “communication creuse” que l’humanité semble adopter aujourd’hui…. Curieux paradoxe, au moment ou la planète se réchauffe dangereusement, notre monde devient froid en oubliant souvent la simple empathie. 
    Et si, pour inverser un peu le cours des choses, nous nous décrochions un instant de nos écrans pour revenir à la vie réelle, et à l’échange? Très modestement, matériO souhaite apporter sa pierre à cet acte de salubrité publique et vous convie à son désormais classique Pain d’Epices de la Saint-Nicolas, le 6 décembre comme il se doit (cf. plus bas). Venez visiter son vrai showroom, discuter avec de vrais gens dedans, (re)découvrir de vrais matériaux, tripoter de vrais échantillons vraiment intrigants, et même déguster un vrai pain d’épices maison… une vraie farandole sensorielle, et qui plus est, snobisme ultime, dans une des rares “zones blanches” de Paris, une sorte de faille spatio-temporelle ou les ondes des réseaux passent très mal. Que demander de plus?

Quentin (vieux réac)

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