O! la lettre #112

NL112

Ah ça, on va en bouffer!
5 grammes de plastique… c’est la quantité qu’actuellement chaque être humain ingère par semaine. Soit l’équivalent d’une carte de crédit. Des micro-particules de plastique sont présentes dans le poisson que nous consommons, dans nos plats préparés, dans l’eau que nous buvons, dans l’air que nous respirons. D’ailleurs, vous avez noté comme les médias se sont passés le mot « plastique » à toutes les sauces, sur tous les tons, sur toutes les ondes ces dernières semaines? Longue litanie des différents désordres engendrés par la production massive de polymères, entre les vortex de haute mer formés d’une véritable soupe de déchets plastiques, les sacs dits biodégradables mais intacts après trois ans dans la nature, des résidus plastiques retrouvés aussi bien au sommet de l’Everest que sur la banquise du Groenland, une baleine échouée avec 40 kgs de plastique dans son estomac… Finalement, nos 5 grammes, c’est une paille! Mais n’en jetez plus, c’est très alarmant, nous saturons. matériO’ souhaite ici rappeler quelques vérités essentielles:

• Le plastique c’est fantastique! Poly-éthylène, Poly-styrène, Poly-uréthane Poly-bidule… cette matière aux noms de pâtres grecs est effectivement fantastique. Une matière qui se prête à toutes les formes, toutes les applications, à toutes les contraintes, tous les domaines, qui offre des qualités de résistance, de légèreté, de robustesse incroyables, à des coûts de production tellement bas… c’est poly-extraordinaire.

• Le plastique c’est catastrophique! Ou plus précisément, ce que l’humain fait avec le plastique est catastrophique et mortifère. Parce que les polymères ont toutes ces qualités sus-mentionnées, nous les retrouvons partout, nous en produisons 10 tonnes par seconde, pour des emplois les plus judicieux et pertinents comme les plus anodins, les plus éphémères, et sans nous soucier de leur devenir, c’est tellement pratique, tellement peu onéreux.

• Bio-sourcé, fausse bonne idée! Non, ce n’est pas parce qu’un polymère est produit à partir de maïs, d’algues vertes ou même d’épluchures de peau d’oranges qu’il va en fin de vie rejoindre le lit de Dame Nature sans désordre. Bio-sourcé n’induit aucunement biodégradable, l’exercice consiste simplement à trouver des chaines carbonées ailleurs pour produire la même matière plastique, avec les mêmes qualités et capacités. Le plastique bio-sourcé, c’est finalement la promesse de pouvoir continuer à polluer la planète une fois les ressources fossiles épuisées.

• Biodégradable, c’est discutable! Tout d’abord, est-ce judicieux et responsable de considérer que nous pouvons désormais jeter sans nous soucier du devenir de nos déchets, puisque ils disparaitraient comme par magie? Ensuite, vont-ils véritablement disparaitre? La biodégradabilité est une notion « poubelle », dans laquelle nous retrouvons aussi bien des polymères qui effectivement vont rapidement « disparaitre » en se fragmentant en micro-particules non visibles mais nocives et pérennes, que d’autres polymères qui nécessitent des conditions biens particulières pour effectivement se dégrader, ce qui arrive rarement dans la vrai vie.

• Recycler, RE-culer pour mieux sauter! Idée qui semble judicieuce, le RE-cyclage, le RE-emploi, ce RE qui REcule la chute, REduit les déchets, préserve les REssources. De l’énergie et de la matière ont été investis pour produire, maximisons cet investissement initial… mais la boucle n’est aujourd’hui ni infinie ni anodine, et il nous reste à imaginer un happy end.

Bref, il est urgent d’arrêter de se bercer d’illusions, exerçons notre esprit critique pour utiliser avec parcimonie, frugalité, intelligence les matières et l’énergie à disposition, en sortant du triptyque « produire-consommer-jeter ». Le seul « eco-plastique » est celui que nous ne consommons pas, le meilleur déchet est celui que nous ne produisons pas.

matériO’

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